Peut-on réellement vivre de sa musique au Cameroun ?

Peut-on réellement vivre de sa musique au Cameroun ?

Peut-on réellement vivre de sa musique au Cameroun ?

Peut-on réellement vivre de sa musique au Cameroun ?


Tout d’abord, la musique est un art avant toute autre considération. On l’a créé parce qu’elle nous passionne, elle nous fait vivre une pléthore d’émotions, elle nous apaise et nous offre une tribune d’expression. Mais au-delà de ce pan philosophique, la musique est créatrice de vocations et de métiers. Du chanteur à l’interprète en passant par l’instrumentaliste, elle offre un large éventail de carrière toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Cependant, lorsqu’on se lance dans une carrière de musicien ou d’artiste musicien, peut-on réellement s’attendre à gagner son pain quotidien ?

Aujourd’hui plus que jamais, la musique est écoutée. Elle amasse les streamings, elle engage des communautés et est l’un des secteurs de la culture qui attire le plus. Néanmoins, un paradoxe se dessine depuis plusieurs années comme les récentes recherches le témoignent, on écoute la musique plus qu’auparavant mais elle n’a jamais rapporté si peu. Si les artistes signés dans les grosses maisons de production parviennent à avoir leur pourcentage de revenus unitaires du streaming , les autres plus petits et moins influents peinent à tirer leur épingle du jeu. 


Dans un contexte camerounais et même africain marqué par la piraterie et la non effectivité des droits d’auteur, beaucoup de nos musiciens se voient obligés d’avoir toujours un plan de secours ou encore un plan B car même s’ils aiment leur passion, la vie réelle les rattrape toujours. En effet, il faut se nourrir , il faut payer ses factures et il faut également penser à un avenir, un futur.

Ces dernières années, le streaming et le téléchargement de musique gratuit ou payant ont largement contribué à la chute des revenus des artistes contrairement à ce qu’on croit très souvent. Selon des données publiées en 2015 par le journaliste David McCandless et reprises par le quotidien britannique The Guardian, le montant versé pour 1000 écoutes d’une chanson sur Spotify, aux États-Unis, tourne plutôt autour de 1,30 $ soit approximativement 500 FCFA. Malgré cette différence, le verdict est sans appel : pour obtenir un salaire annuel de 19 712,40 $/ 9,856,000 FCFA, un artiste aurait besoin de 1 117 021 écoutes sur Spotify. Un chiffre très difficilement réalisé chez nos artistes même chez les plus prolifiques d’entre-eux.  Le peu même qu’ils puissent obtenir de ces écoutes est partagé entre eux, les producteurs ou maisons de production et les autres intervenants de la chaîne. Selon le site Mbamci.com, « Basés sur le modèle du disque physique, les revenus liés à l’exploitation d’une œuvre sont répartis entre les acteurs traditionnels de l’industrie musicale (distributeur, label, éditeur, artiste, producteur, …), auxquels sont venus s’ajouter les distributeurs numériques et autres plateformes de streaming.

Peut-on réellement vivre de sa musique au Cameroun ?

Souvent lent et parfois inéquitable, le système se révèle assez opaque. Et l’artiste est souvent le laissé-pour-compte. 

Également, au-delà des écoutes, les albums ne se vendent plus autant comparativement aux années antérieures sur un plan global tout d’abord et ensuite à l’échelle nationale. Les camerounais n’achètent quasiment pas les albums malgré la volonté à cause des prix souvent jugés élevés.  Si certains artistes à l’instar de Jovi disent pouvoir vivre de ces ventes, beaucoup d’autres se sont résolus à ne plus produire et vendre des albums. Une décision qui explique la prolifération des singles et EP sur le marché musical camerounais.

En complément, la multiplication des sociétés de gestion des droits d’auteur ces dernières années ne joue pas en faveur des artistes. Entre les problèmes de leadership, les conflits d’intérêts et la corruption qui caractérise ce secteur, les artistes camerounais ne savent certainement pas à quel sein se vouer. Bien que le ministère de la culture tente tant bien que mal de reverser des rémunérations, ce n’est pas suffisant selon quelques artistes approchés.

Alors, peut-on vraiment vivre de la musique au Cameroun malgré toutes ces difficultés ?

Disons oui ! Comment ?

Pour adresser le problème lié à la vente des albums, Steve Jobs a révolutionné la manière de consommer la musique avec sa plateforme d’achat de chansons et d’albums en ligne, iTunes. Chaque chanson est dissociable des autres, et la logique de l’album dans sa globalité n’est plus d’actualité.

Ensuite, alors qu’une chanson était vendue à quasiment 1,000 FCFA sur iTunes, aujourd’hui le revenu correspondant à une écoute en streaming tourbe autour de 500 FCFA en fonction de la plateforme. Il est donc difficile de vivre uniquement de la vente de sa musique en ligne. Il est donc important de diversifier ses sources de revenus et trouver d’autres activités que la vente de musique à proprement parler. 

Les showcase, concerts, spectacles et autres festivals sont les premiers sur la liste. Grâce aux spectacles et concerts, l’artiste a la possibilité de pouvoir de tirer son épingle et se faire rémunéré parfois très convenablement. En effet, prenons un exemple basique, le cachet pour un showcase d’un artiste populaire au Cameroun se compte parfois en millions de FCFA pour une seule prestation.   Un gain confortable au regard du contexte économique camerounais.

Aussi, la mise en vente de “merchandising” constitue une autre solution. En trouvant une marque qui attire l’attention par exemple, l’artiste musicien peut alors créer du merchandising à son nom, que ce soit une ligne de vêtements ou de petits objets originaux et/ou utiles. Une terrain déjà explorer par plusieurs de nos artistes à l’instar de Numerica et Stanley Enow.

Entretenir sa fan base et la l’inclure dans ses priorités offre une nouvelle fenêtre aux artistes. Lorsque les artistes camerounais auront compris qu’il vaut mieux avoir 1,000 fans prêts à mettre la main dans la poches pour leurs productions qu’une ribambelle de d’abonnés passifs. 

Vous comprenez donc qu’on peut vivre de la musique au Cameroun si l’on privilégie la diversification des revenus n’ont pas basé sur une autre carrière ou profession mais essentiellement sur sa musique et son nom.


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