BASSEK BA KOBHIO : « Nous serions plus heureux que les médias soient davantage partie prenante dans la promotion du camerounais »

BASSEK BA KOBHIO : « Nous serions plus heureux que les médias soient davantage partie prenante dans la promotion du camerounais »

BASSEK BA KOBHIO : « Nous serions plus heureux que les médias soient davantage partie prenante dans la promotion du camerounais »

BASSEK BA KOBHIO : « Nous serions plus heureux que les médias soient davantage partie prenante dans la promotion du camerounais »


Le cinéma camerounais n’aurait peut-être pas connu l’évolution et les mutations positives et significatives que l’on observe aujourd’hui  sans l’existence et l’apport des personnalités telles que Bassek Ba Kobhio qui a fait de son exposition de ce cinéma, de sa valorisation et de la promotion de celui-ci un leitmotiv et presqu’une  raison d’être. Dans un long entretien qu’il nous a accordé, le Fondateur du Festival Ecrans Noirs revient sur ses débuts, sa carrière et l’évolution du cinéma camerounais. Morceaux choisis.                                                                

Pour ceux qui ne vous connaissent pas – même si j’ai du mal à croire qu’ils soient nombreux – qui est concrètement Bassek Ba Kobhio ?

Un écrivain qui a une nostalgie de l’écriture qu’il va certainement combler bientôt, un cinéaste, le seul camerounais à avoir été en sélection officielle à Cannes, un producteur de films, et depuis 20 ans un promoteur de festival:  voilà ce qui pourrait me résumer par rapport à l’art et à la culture.

Vous débutez véritablement votre carrière de réalisateur dans les années 90. Qu’est-ce qui à l’époque vous a motivé à vous lancer dans l’univers très particulier du cinéma ? Surtout quand on sait que le cinéma à cette époque était plus ou moins  étranger aux camerounais.

BASSEK BA KOBHIO : « Nous serions plus heureux que les médias soient davantage partie prenante dans la promotion du camerounais »

J’ai rêvé pratiquement à l’âge de cinq ans, de devenir écrivain. Ma mère et mon père étaient  instituteurs, et j’ai très vite baigné dans l’univers magique de l’écrit. Les mots bien agencés, bien écrits ou bien dits, ça me fascinait, ça m’a toujours fasciné. Puis en classe de 3ème j’ai reçu pour prix de français le livre « Sembene Ousmane » de Paulin Soumaynou Viera.  Cet illustre écrivain et cinéaste qui deviendra des décennies plus tard un ami y montrait la force de l’image par rapport à l’écrit dans un contexte ambiant d’analphabétisme, et c’est de là qu’est parti mon désir de devenir cinéaste. Je vous concède que c’était un choix un peu atypique, mais j’ai toujours revendiqué d’être atypique.

En 1992 vous réalisez votre premier long métrage « Sango Malo », en 1995 « Le Grand Blanc de Lambaréné ». Deux longs métrages qui connaîtront un véritable succès. Parlez-nous de ces deux films. Et d’après vous qu’est-ce qui pourrait expliquer que ceux-ci aient eu autant de succès et aient révolutionné le cinéma camerounais ?

« Sango Malo » part d’un roman et d’un scénario qui  abordent une question essentielle, celle de l’école telle qu’elle devrait être conçue en Afrique, et je crois que ça a touché beaucoup de monde, surtout que le film traduisait une fraîcheur certaine des jeunes comédiens du film. Le « Grand Blanc », c’est un film à budget relativement élevé, avec un casting de comédiens connus, pour aborder au-delà du docteur Schweitzer le problème de l’humanitaire. Vous n’avez pas parlé «du « Silence de la forêt », mais là aussi c’était un sujet important dit sur un mode simple, relativement léger. Disons qu’à côté de ces qualités qu’a posteriori je leur trouve, ils ont été bien reçus en Europe, ce qui a accru leur retentissement, car nous avons encore un public très influencé par la réception et la critique européennes.

Pensez-vous que vos films ont d’une façon ou d’une autre contribué à influencer les mentalités des camerounais ?

Je ne dirais pas cela. La première qualité d’une œuvre artistique ou littéraire, et plus précisément d’un auteur ou d’un artiste, c’est d’être modeste. Une œuvre à elle seule ne fait pas une révolution. Si elle y contribue c’est déjà énorme. « Sango Malo » comme le « Grand Blanc de Lambaréné » ou le « Silence de la forêt » ont été avec « Quartier Mozart » de Jean-Pierre Bekolo ou « Muna Moto » de Dikongue Pipa, des films déclencheurs d’une nouvelle manière de faire et de voir le cinéma au Cameroun.

En 1998 vous décidez de mettre sur pied Les Écrans Noirs. Quelles étaient vos motivations ? Quels sont les véritables objectifs de ce festival devenu aujourd’hui incontournable en Afrique Centrale ?

Au départ, Ecrans Noirs c’est un espace pour montrer nos films que personne ne voyait ici.  Puis c’est devenu le lieu où on peut voir les nouveaux films africains chaque année. Mais l’objectif est resté le même : faire voir des films, créer un environnement favorable à l’expansion du cinéma en formant des créateurs et des techniciens de demain.

C’est quoi le cinéma M.Bassek Ba Kobhio ? Comment le définiriez-vous ?

Le cinéma est un art, un commerce et une industrie, mais ça c’est des lieux dits; c’est un spectacle qui relève de toutes ces catégories pour être plus précis, parce qu’entre une idée, un projet et la représentation du film devant le public, on passe de la rêverie à la marchandisation et à la consommation par un mouvement de balancier incessant.   

Peut-on aujourd’hui parler de l’existence d’une industrie du cinéma au Cameroun ?

Je ne l’aurais pas dit avant le début des années 2000, parce que nous nous contentions de capter les scènes ici, pendant que la fabrication du film se faisait ailleurs dès que les prises de vues étaient achevées. Aujourd’hui avec le numérique, on transforme l’image et le son saisis sur place. On a bien accédé à l’ère de l’industrie cinématographique avec des industriels et des artisans.

Le reproche est souvent fait au public camerounais de ne pas se passionner pour le cinéma camerounais. Pensez-vous qu’il ait véritablement accès à ce cinéma ?

Accès aux salles de projection ou accès aux films disponibles ? Dans le premier cas, on peut dire que cet accès est difficile parce que les opportunités sont très rares. Les salles classiques ont fermé, mais des lieux existent où on pourrait donner à voir des films. Je ne pense pas seulement aux salles de Canal Olympia Yaoundé et Douala, je pense aussi à la salle Sita Bella, à la fondation Tandeng Muna, au Centre Culturel Camerounais, et j’en passe, des lieux où on pourrait montrer et voir des films. Je conviens avec vous, le confort de visionnage dans une salle de cinéma ordinaire n’est pas totalement garanti ici en dehors de Canal Olympia, mais c’est des lieux de rencontres possibles. Pour le second entendement possible de votre question, je crois que pour les films qui sont produits, le public est assez informé de leur existence, et leurs coûts d’acquisition  ne sont pas prohibitifs. Reste l’essentiel, l’envie de découvrir, et là est une autre question que les responsables de la communication et du marketing devraient booster.

Le cinéma camerounais peine clairement à prendre son envol. Quelles en sont les raisons selon vous ?

Tout peine à prendre son envol dans nos pays. Le cinéma et l’industrie cinématographique  ne sont pas des îles, ils vivent et évoluent dans un contexte. Quel art a-t-il pris son envol dans notre pays ? Mais le cinéma n’a peut-être jamais été aussi vivant au moins au niveau des productions et des projets. Reste que suive la qualité et que se créent des opportunités. C’est l’un des services que rend Ecrans noirs au cinéma camerounais.

Quel est le degré d’implication de l’Etat camerounais dans la promotion et le développement du cinéma ? A quel niveau aimeriez-vous qu’il soit plus impliqué ?

En période de crise financière, le cinéma et l’art en général sont les premières choses que l’Etat sacrifie. Mais depuis quelques années devant notre entêtement et les résultats de tous ces jeunes qui travaillent chaque jour, l’Etat est de plus en plus sensible à l’appel des cinéastes.  Mon souhait et mon espoir sont cependant qu’un fonds de promotion de l’industrie cinématographique renaisse, qui parte de bases différentes du défunt FODIC, mais que de l’argent soit mis à la disposition de la création, du commerce et de l’industrie cinématographique non plus pour le plaisir et le rapt des cinéastes si cela a été le cas, mais pour appuyer le travail qui se fait et qui, hélas, demande de l’argent.

Quel pourrait être la part des médias ? Il est évident que le cinéma camerounais reste encore loin de son public. La faveur est même donnée aux films venus des pays voisins.

Vous identifiez des problèmes qui concernent votre secteur et nous y adhérons. Nous serions plus heureux que les médias soient davantage partie prenante dans la promotion du cinéma camerounais. Et je dois reconnaître que les médias camerounais font pour la plupart de gros efforts dans ce sens, mais ici aussi malheureusement, la formation est nécessaire. Un critique d’art c’est certes le talent, mais c’est un talent qui se construit aussi à partir de la formation. Et alors les médias pourraient contribuer à l’exposition sur le marché du film camerounais.   Au cours de la 21ème édition du festival Ecrans Noirs, nous avons justement organisé le premier marché du film d’Afrique Centrale. Innovation de cette année, il s’agissait d’un espace unique en Afrique Centrale qui visait à rendre visible et accessible aux acheteurs (diffuseurs et distributeurs), le meilleur de la production cinématographique et audiovisuelle de l’Afrique Centrale.  Mais rien ici ne peut se développer sérieusement si les médias ne jouent pas le jeu en donnant envie du cinéma.

Quelles solutions préconisez-vous pour qu’enfin le cinéma camerounais prenne son envol et soit plus que jamais un élément essentiel de l’art au Cameroun ?

Que les professionnels travaillent ! Qu’ils travaillent davantage leurs scénarios, que les réalisateurs, les techniciens, les comédiens travaillent!  Après il y aura l’argent à trouver, et puis il y aura le contexte, puis il y aura que les médias qui devront faire leur travail, puis il faudra que le public se bouge aussi. Les pistes  sont aussi multiples et complémentaires que le chantier est vaste.


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